Découvrez aujourd’hui une nouvelle structure de notre réseau : l’association Méduz qui lutte contre l’exploitation sexuelle juvénile à travers des actions de prévention et de formation. Entretien avec Constance, chargée de prévention au sein de l’association.
Constance, raconte-nous comment a été créée Méduz !
Constance : L’association a été créée en 2022 par Ariane Morel et Glawdys Angelard, qui avaient déjà une longue expérience de l’accompagnement de mineur·es en situation de prostitution. Cette dernière leur avait permis de dresser ce constat : la prise en charge arrive souvent trop tard, notamment parce que les professionnel·les manquent de formation et de ressources sur les questions de prostitution juvénile.
L’objectif de Méduz a été donc double dès le départ : d’une part, nous souhaitions former les professionnel·les pour améliorer le repérage et l’accompagnement, et d’autre part prévenir en les situations d’exploitation sexuelle en faisant de la prévention auprès des jeunes eux·elles-mêmes.
A-t-on une idée de l’ampleur du phénomène ?
Les chiffres les plus souvent cités parlent de 15 000 à 20 000 mineur·es en situation de prostitution en France, mais ne sont pas forcément représentatifs. En effet, ces chiffres correspondent aux situations repérées et déclarées, or on sait que la prostitution des mineur·es est très difficile à repérer, parce qu’elle prend plusieurs formes et touche aussi des publics peu suivis, à l’instar des mineur·es non accompagné·es.
Peux-tu nous parler des principales actions de Meduz ?
Avec l’équipe de Meduz, nous travaillons autour de deux grands volets :
- Prévenir l’exploitation sexuelle juvénile en intervenant auprès des jeunes de 11 à 25 ans, en milieu scolaire (collèges, lycées) et hors milieu scolaire
(espaces jeunesse, centres sociaux, Protection judiciaire de la jeunesse — en milieu ouvert ou fermé). - Former les professionnel·les afin qu’ils aient les ressources pour identifier les situations de risque et pouvoir réagir sur les cas avérés de prostitution parmi les publics qu’ils·elles accueillent. A noter qu’il existe encore très peu de structures spécialisées dans la formation sur l’exploitation sexuelle juvénile.
Comment se déroulent les ateliers avec les jeunes ?
Nous abordons ces sujets de manière progressive. Dans un premier temps, nous parlons des parcours de vie, de la cyberviolence, des violences sexuelles intrafamiliales ou d’autres formes de violences. Cela permet d’entamer la discussion sur des sujets importants – qui sont d’ailleurs des facteurs de vulnérabilité favorisant l’exploitation sexuelle – sans aborder immédiatement cette dernière.
Les jeunes ont souvent déjà entendu parler du sujet, mais avec beaucoup d’idées reçues, influencées par les films ou les médias. C’est donc important pour nous de rappeler le cadre légal, et de redéfinir ce qu’est la prostitution — y compris dans ses formes contemporaines. A travers notre démarche, nous souhaitons éviter de potentielles victimes, mais aussi prévenir de potentiels auteurs.
Quels outils utilisez-vous pour faire passer ces messages ?
Nous avons développé plusieurs formats :
- Un atelier de prévention sous forme de jeu : débat mouvant, escape game, tribunal des idées reçues, scènes de théâtres, ou encore jeu sur l’empathie.

- Un atelier créatif dans lequel les jeunes produisent leurs propres outils de prévention : affiches, vidéos pour les réseaux sociaux, podcast.
Comment fonctionne l’association aujourd’hui ?
Nous sommes une petite équipe de cinq personnes, constituée de 3 salariées en CDI, une volontaire en Service Civique et une stagiaire. Nos financements sont principalement publics. L’association se développe bien et si dans les débuts, nous démarchions beaucoup, nous sommes aujourd’hui de plus en plus sollicitées directement. Cela montre un véritable besoin sur ces questions.
Quel impact constates-tu sur le terrain ?
Au-delà des chiffres, l’impact se voit dans les prises de conscience. Quand un·e jeune dit : « En fait, ce n’est pas un choix si on n’a pas le choix », ou quand il·elle choisit de s’inscrire dans une démarche de prévention de pair à pair, on sait que quelque chose a bougé. Le fait qu’ils·elles s’approprient le sujet, qu’ils·elles créent, qu’ils·elles diffusent leurs messages, c’est là que la prévention devient réellement vivante.
> En savoir plus sur Meduz : https://meduzasso.fr/






