La continuité pédagogique à Paris / #RÉCIT N°8 : École Turgot (9ème arrondissement)

 

Evelyne Marceau, professeur des écoles dans une classe de CM1 à l’école Turgot nous ouvre son journal de bord du confinement…

 

Comment avez-vous organisé l’enseignement à distance pour votre classe ?

Lors de l’annonce du confinement, je n’ai pas anticipé l’impact sur mon métier. J’ai dit aux élèves de prendre leurs manuels et un cahier ; en effet, je pensais que l’on se reverrait après les vacances d’avril.

J’ai privilégié l’utilisation du numérique car je ne voulais pas imposer aux parents des impressions de documents (dépenses de papier et d’encre). De plus, nous utilisions l’ENT (Espace Numérique de Travail) depuis le début de l’année.

J’ai mis en ligne des documents en suivant l’emploi du temps habituel pour rassurer les élèves. Au départ, l’ENT ne fonctionnait pas normalement ; il a fallu attendre que le système puisse supporter tout ce flux. J’ai préféré patienter au lieu d’utiliser d’autres moyens non RGPD.

J’ai aussi utilisé des sites internet éducatifs (https://learningapps.org que nous utilisions déjà, et classenumérique). J’assure le suivi et la différenciation du travail à distance. L’ENT me permet d’avoir un lien régulier avec les familles, qui peuvent me questionner lorsqu’elles le souhaitent. Nous dialoguons ainsi depuis le début du confinement.

Un papa m’a expliqué ses difficultés de suivre et d’aider sa fille pour le site « classenumérique » car j’avais défini les horaires de travail en me basant sur les horaires scolaires. Grace à lui, j’ai pris conscience que la charge des parents était aussi énorme que la nôtre avec le télétravail. J’ai donc ouvert les horaires et j’ai aussi communiqué aux familles de nouvelles modalités de travail. Je mettais en ligne la semaine de travail dès le weekend. Ils pouvaient ainsi s’organiser en fonction de leurs impératifs. Dans un souci d’ouverture pour les parents, les restitutions des productions (photo, .doc, .pdf) se font dans un casier sur l’ENT, Je récupère les documents, les enregistrent en allégeant le format des photos. Je les corrige et les renvoie aux élèves avec des annotations, des questions comme si nous étions en classe. C’était mon fonctionnement à distance jusqu’aux vacances d’avril.

Une maman m’a écrit en m’exposant les difficultés de son fils avec les divisions, j’ai donc cherché comment l’aider à distance. C’est là que j’ai commencé à produire des capsules vidéo (la division), déposées ensuite sur l’ENT. Pour moi, l’objectif était de pouvoir rendre l’enseignement explicite aux élèves, « faire comme si j’étais à côté d’eux ».

Puis, les responsables de l’ENT ont mis un lien avec la classe virtuelle du CNED. J’ai testé ce fonctionnement avec une collègue, puis avec un élève. Pour la semaine de la reprise, j’ai pris un groupe de 3 élèves pour aborder une nouvelle notion. Ce test a été réalisé avec un groupe de 9 élèves le vendredi. Les élèves étaient contents de se voir, de travailler ensemble. Ils se sont écoutés et entre-aidés.

 

Que retiendrez-vous de cette expérience de la classe virtuelle ?

 La classe virtuelle ne remplacera évidement jamais la classe réelle mais elle a permis l’instauration d’un lien supplémentaire avec les élèves. Quand le système fonctionne correctement, nous pouvons nous voir et les élèves en ont besoin. Certain sont  très demandeurs. Avec cette classe virtuelle, nous avons travaillé ensemble en synchrone avec des règles de prise de parole. Je l’ai utilisé au cours d’un soutien personnalisé pour un élève. Les parents réalisent la concentration que cela demande à leurs enfants. Ils voient aussi l’enseignant travailler avec un groupe. Certains élèves sont devenus autonomes, les parents étant pris.

Il y a bien sûr des limites à ce fonctionnement. La technique doit suivre. Parfois, les élèves sont obligés de se concentrer dans un environnement qui n’est pas forcément silencieux. Les contacts et les observations que je peux avoir en classe disparaissent. (le regard, les gestes, la posture des élèves).

 

Que va-t-il rester de ce mode de fonctionnement ?

  • Les relations avec les parents vont évoluer. Ils se rendent compte qu’enseigner est un métier, que les enseignants sont des professionnels. Ils voient aussi évoluer leurs enfants dans un cadre différent. L’utilisation de l’ENT va probablement se généraliser. C’est un nouvel outil de communication à ne pas négliger.
  • La pratique pédagogique des enseignants va aussi évoluer. Un grand nombre d’enseignants se sont emparés de nouveaux outils. Nous ne pouvions pas rester dans un fonctionnement traditionnel. Ils ont montré leurs capacités d’adaptation.

 

Pour conclure, j’ai choisi d’utiliser des outils autorisés par le Ministère même si la pression est forte pour utiliser des outils interdits. La mise en place de ce nouveau fonctionnement a pris du temps, elle évolue encore. Nous nous adaptons tous les jours.


Article proposé en partenariat avec :

ANCP&AF Paris : La place, le rôle, la mission du conseiller pédagogique et plus largement des formateurs du 1er degré dans un système éducatif en perpétuelle évolution est une préoccupation constante et majeure de l’ANCP&AF, Association Nationale des Conseillers Pédagogiques et Autres Formateurs.

Cette association professionnelle, de statut loi 1901, vise principalement l’établissement entre ses membres de relations fondées sur la pratique de la coopération intellectuelle et de l’entraide professionnelle. Au sein de l’ANCP&AF Paris, les rencontres et formations de formateurs organisées se donnent pour objectif principal de permettre aux formateurs d’acquérir des gestes professionnels performants et innovants pour accompagner efficacement les professeurs des écoles dans leur mission, la réussite de tous les élèves.

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