La continuité pédagogique à Paris / #RÉCIT N°7 : École Monceau (8ème arrondissement)

Anne-Cécile Archimbaud est enseignante en classe de CP à l’école Monceau dans le 8ème arrondissement. Elle est professeure des écoles depuis 17 ans (10 ans à Colombes et à Paris depuis 7 ans).

Comment avez-vous mis en œuvre l’enseignement à distance pour vos CP confinés ?

Comment faire classe quand les élèves ne sont pas là ? Comment les motiver, les soutenir, les aider ? Comment leur faire comprendre une nouvelle notion ? Comment animer une vie de classe, mettre en œuvre des situations d’apprentissages pertinentes, seule dans mon salon ? Autant de questions qui m’ont déstabilisée.

Au début, par mail, j’envoyais le dimanche soir une proposition de programme hebdomadaire avec des activités quotidiennes de lecture, écriture et mathématiques. J’essayais d’être le plus explicite possible et d’inclure beaucoup de jeux pour rendre ce confinement plus ludique aux élèves et montrer aux parents qu’on peut apprendre autrement qu’en remplissant des fiches… Mais l’insatisfaction montait : comment partager les techniques référentes de calcul mental que nous avions élaborées en classe par exemple ? Comment leur apprendre le son que faisait un nouveau graphème sans le dire de vive voix ?

Les capsules vidéo que j’avais pues voir étaient vraiment intéressantes mais aucune n’utilisait le langage de la classe. Parfois, elles ne correspondaient pas exactement à l’exercice qu’ils avaient dans leur fichier… alors, un peu stressée, je me suis lancée : faire mes propres vidéos. Avec mon téléphone, 2 min 30 pas plus, pour pouvoir les transférer sur mon ordinateur. Le cadrage ne se fait que sur mes mains et la table. A partir de la manipulation d’étiquettes ou en écrivant sur une feuille, je présente la notion travaillée et la procédure de réussite (ou celle élaborée en classe, s’il s’agit d’un rappel) dans un langage simple et commun à la classe.

Mais toujours qu’un contact par mail… et l’inquiétude qui monte : en particulier concernant les élèves ne maîtrisant pas la lecture… Comment m’assurer de leur progrès ? Nous, qui ajustons sans arrêt notre enseignement en fonction des interactions de la classe, je me sentais un peu perdue. En discutant avec la conseillère pédagogique de ma circonscription, elle m’a parlé d’une collègue qui faisait une classe virtuelle avec des petits groupes … ça a été pour moi un déclic : travailler en petits groupes ou ateliers comme en classe.

La création d’une classe virtuelle sur le CNED s’est avérée très simple. Ainsi j’organise depuis la rentrée des sessions de classe virtuelle. 4 groupes de 5 ou 6 élèves. 2 groupes chaque matin, ils tournent sur deux jours. 1H/groupe (30 min de Français et 30 min de Maths). Et le vendredi, la session ne dure que 30 min pour pouvoir faire passer les 4 groupes. Cela permet 3 temps de classe dans la semaine pour chaque élève. Parallèlement, tous les après-midis, toujours via cette classe virtuelle, un groupe de soutien lecture et un groupe de soutien maths leur est proposé, sur la base du volontariat -ou d’une forte suggestion de ma part.

Cette organisation assure un lien avec chacun des élèves de la classe. Elle permet de les motiver à travailler hors cadre virtuel. En CP, c’était pour moi la condition pour soutenir les élèves dans l’acquisition de la lecture et d’une fluidité (donc d’un entraînement) pour viser une autonomie future. Les retours sont très positifs du côté des élèves et des parents. Cela ne remplacera pas l’interaction humaine mais palie les problèmes liés à la distance. Elle invite à penser la classe inversée via les capsules de présentation de la notion, la relation avec les parents ainsi que leur implication dans l’apprentissage de leurs enfants.

Quelles modifications apportera cette situation inédite dans vos pratiques ?

Pour ma part, je crois que les capsules vidéo auront leur place dans le lien avec les familles pour diffuser le langage de la classe ou les techniques de calcul par exemple. Il y a la piste des exercices interactifs aussi qui semble intéressante mais que je n’ai pas encore essayé.


Article proposé en partenariat avec :

ANCP&AF Paris : La place, le rôle, la mission du conseiller pédagogique et plus largement des formateurs du 1er degré dans un système éducatif en perpétuelle évolution est une préoccupation constante et majeure de l’ANCP&AF, Association Nationale des Conseillers Pédagogiques et Autres Formateurs.

Cette association professionnelle, de statut loi 1901, vise principalement l’établissement entre ses membres de relations fondées sur la pratique de la coopération intellectuelle et de l’entraide professionnelle. Au sein de l’ANCP&AF Paris, les rencontres et formations de formateurs organisées se donnent pour objectif principal de permettre aux formateurs d’acquérir des gestes professionnels performants et innovants pour accompagner efficacement les professeurs des écoles dans leur mission, la réussite de tous les élèves.

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