Nous publions aujourd’hui la contribution de Philippe Sauvage, professeur E.P.S de la Ville de Paris à l’école élémentaire Lepic (18ème) et membre du comité directeur de l’USEP Paris. Son témoignage est enrichi par les retours croisés d’une enseignante de l’école (Mme Nury) et de plusieurs parents d’élèves.

Philippe, vous avez engagé vos élèves dans un processus d’apprentissage à distance pendant toute la période de crise sanitaire. Pouvez-nous raconter cette expérience ?

Dès le lendemain de l’annonce de la fermeture des écoles le jeudi 12 mars par le président de la République, j’ai contacté mes collègues P.E. pour organiser avec eux la mise en place d’un suivi pédagogique en E.P.S.

La première démarche était de réaliser des vidéos comme je l’ai fait pour les élèves de mon club de karaté. Mais nous avons très vite appris qu’il n’était pas autorisé d’utiliser les plates formes comme youtube  par exemple.

Le suivi a donc pris la forme d’un planning hebdomadaire où était proposé entre 20 et 30mn d’activité physique quotidienne. Chaque contenu de séance était basé sur les APSA déjà travaillées en cours d’EPS avec moi et qui correspondaient à une pratique adaptée  aux conditions les plus défavorables rencontrées par les élèves. Peu d’espace et pas d’accès à l’air libre.

Mon choix s’est donc porté sur l’accro sport, du travail à intensité modéré type endurance en circuit training, du karaté, de la jonglerie, du travail sur les pratiques corporelles de bien être, de la danse et des consultations du site LUMNI pour des recherches sur les sports Olympiques, les valeurs de l’Olympisme, des règles de jeux et les bienfaits de l’activité physique sur la santé.

Ce planning était accompagné régulièrement de consignes de réalisation et de fiches d’accompagnement dont certaines ont été reprises et mises en ligne sur le site du Rectorat de Paris et la FFKDA (fédération de Karaté). Sur le principe du jeu de l’oie, j’ai crée  un « défi karaté ».

J’ai aussi partagé des documents réalisés par des collègues PVP EPS du 18ème avec leur autorisation et en les nommant. Ainsi les mots croisés d’Alex Simonin ont été bien apprécié.

Tous ces documents transitaient par les collègues P.E. via mail qui les faisaient suivre aux parents d’élèves de leur classe respectives. Un mail particulier dédié permettant aux parents qui souhaitaient plus d’information ou d’aide était indiqué sur chaque planning. Il n’a que peu été utilisé. Durant 7 semaines donc les élèves ont reçu leur planning hebdomadaire actualisé en progressivité.

A partir de l’annonce du déconfinement et toujours en accord avec l’équipe pédagogique, j’ai organisé dans un premier temps sur les classes virtuelles de la plate forme du CNED de mes collègues P.E. un rendez vous hebdomadaire par classe selon un calendrier précis. Mais très vite cette solution s’est trouvée trop contraignante pour les parents. J’ai donc dès la semaine suivant le retour à l’école partagé mon temps de service entre de la présence à l’école où je prenais en charge tous les enfants présents par groupe classe sur un temps variant entre 30 et 45 mn et une classe virtuelle que j’ai crée sur la plate forme CNED et qui est ouverte 4 matinées par semaine à raison d’un créneau pour tous les cycles 3 et un créneau pour tous les cycles 2. Cela permet aux élèves de se connecter plusieurs fois par semaine. J’ai des hyper motivés qui sont là pour chaque séance.

Ce fonctionnement m’a permis d’être en relation directe avec les élèves pour mieux les aider et les motiver dans la pratique des activités. Cela m’a aussi permis un contact direct avec bon nombre de parents et des échanges intéressant sur leur ressenti de cette période si particulière.

Voilà à partir de lundi prochain 22 juin je serais tous les jours à l’école pour reprendre toutes les classes selon mon planning habituel. Lors des dernières séances vidéo, nous avons décidé avec les élèves le défi de faire danser toute l’école sur un Madison pour fêter ensembles la fin de cette année 2020 bien étrange. Les premières répétitions s’étant déroulées lors des dernières classes virtuelles.

La création par l’USEP du E défi a renforcé la dynamique que l’équipe pédagogique avait mise en place. Ce E défi partagé à tous les parents par M. le directeur via les collègues PE. J’ai repris certains défis sur mes vidéos, encouragé tous les participants à participer activement à ce E défi. J’avoue par contre n’avoir pas suivi si beaucoup avaient répondu à mon appel…

Lors du conseil d’école d’hier soir jeudi 25 juin, l’ensemble des parents d’élèves a salué la qualité du suivi pédagogique fait par l’ensemble de l’équipe pédagogique. Le bilan que je pense pourvoir faire est que ces différentes actions ont été appréciés par les élèves mais aussi par leurs parents. J’ai eu le plaisir de recevoir bons nombres de témoignages directement ou via mes collègues P.E. Je vous en partage certains ci-dessous.

En conclusion cette période inédite à je pense permis à l’ensemble des parents et des équipes pédagogiques de renforcer la conviction de l’importance de l’EPS pratiquée dans le temps scolaire avec de vrais professeurs d’EPS…

*RETOUR DE MME NURY, PROFESSEURE DES ECOLES EN CM1 B A L’ECOLE LEPIC.

 

De mi mars à mi -mai, M. Sauvage nous a envoyé des indications écrites pour des séances de 30 minutes de sport journalières. Les thèmes de ces séances étaient basés sur une routine (endurance tous les lundis, karaté tous les mardis, etc.) et étaient le prolongement du travail fait avant le confinement avec les CM1. Ce suivi s’est très bien intégré dans l’organisation du travail à distance du CM1b: le travail envoyé jour par jour, la mise en place de routines et le prolongement des activités faites avant le confinement.

A partir de mai, M. Sauvage a mis en place des séances de classe virtuelle le mercredi matin avec la classe, à l’heure habituelle des classes virtuelles dans les autres matières.

Et en juin, il a proposé des séances de classe virtuelle tous les matins à heure fixe, pour tous les élèves de l’école, par cycle. Tous les élèves, ceux qui restaient à la maison et ceux qui venaient à mi-temps en classe pouvaient donc participer et se retrouver pendant ce travail.

En tant qu’enseignante de la classe, j’ai eu des retours positifs sur les activités de sport organisées sur toute la période.

*RETOURS DE PARENTS D’ÉLÉVES

 

Bonjour,

Je tenais à témoigner de la continuité pédagogique dont a fait preuve M. Philippe Sauvage, professeur d’éducation physique et sportive à l’école LEPIC pendant toute la durée du confinement ainsi qu’après le déconfinement.

Monsieur Sauvage a assuré et ceux depuis la première  semaine du confinement une continuité pédagogique pour nos enfants se conformant au niveau scolaire de chacun. Il trouvé un moyen de rentrer en contact avec nous parent alors qu’il n’avait pas nos coordonnées

Il a assuré un suivi pour toutes les classes même pour les élèves qu’il n’avait plus en cours..

Nous avons reçu par mail par le biais des parents élu ou des professeurs un programme par semaine avec des exercices adaptés, des vidéos Lumni pour comprendre l’importance de l’éducation physique pendant cette période particulière, toujours accompagné de messages d’encouragements et de détails pour pouvoir réaliser les exercices sans le matériel adéquat!

Ceci nous a permis de faire bouger nos enfants pendant une période où nous étions beaucoup plus sédentaire..

Il est  vrai néanmoins que mener de front le suivi pédagogique et sportif n’a pas été facile et nous n’avons pas toujours pu faire l’intégralité de ce qui était préconisé mais c’était vraiment bien d’avoir ce lien. Avec trois  enfants de trois niveaux différents on a du composer avec notre « nouvelle vie  » du moment.

Depuis début mai M. Sauvage propose aux enfants des classes virtuelles par niveau, encore une fois ces classes ont été proposé à tous même ceux qu’il n’a pas en cours normalement à l’école ! Pour la maman que je suis la classe virtuelle est beaucoup plus facile en termes d’organisation.

Chaque enfant peut pendant une heure se dépenser sous le regard bienveillant de son professeur.

Il prend toujours le temps d’écouter les enfants et de leur faire prendre conscience de leur corps ainsi que des tensions qu’ils peuvent rencontrer en ce moment et surtout ce que le sport peut leur apporter (comment ils se sentent avant la séance et après la séance)

J’observe que le bienfait sur chacun de mes enfants et surtout le bienfait sur ceux qui n’ont pas encore eu la chance de retourner à l’école et de ce fait sont beaucoup plus tendus.. ce rendez-vous  avec leur professeur et d’autres élèves est un lien très important et les apaise.

C’est pour toutes ces raisons que je tenais à témoigner du travail exceptionnel et de l’humanisme de ce professeur qui ne cesse de nous répéter qu' »il ne fait que son travail » mais même envers et contre tous les événements qui se dressent devant nous !

Vanessa BRAMI, maman d’Eytan CM2A, Noam CE2A et Romy CE1A

 

Monsieur Sauvage nous ayant demandé un retour sur la classe de sport pendant le confinement, le voici. Merci à toutes les équipes qui ont permis aux enfants d’avoir accès a un suivi scolaire dans la limite de ce qui était possible et bravo à tous.

Garder une activité physique pendant le confinement était une nécessité. Accompagner un enfant dans une pratique sportive est un travail qui ne peut pas être réalisé sans la supervision active d’un adulte responsable et connaissant son métier de pédagogue et les implications physiques qu’une pratique régulière implique. On ne confie pas un enfant à des amateurs (même s’ils sont ses parents pleins de bonnes intentions).

Cette transmission impossible et irréalisable dans des conditions optimales et souhaitables  étant impossibles quelles furent les solutions ?

Une première option aura donc été des directives écrites guidant les pratiques. Réaliser l’équivalent d’un cours de sport alors qu’on n’en a jamais pratiqué (ou peu depuis l’école) n’étant pas possible, on a travaillé sur les acquis.

Ulysse a utilisé les directives et sa mémoire pour tenter de bénéficier de cet enseignement. Sa sœur, Marnie, aura suivi et nous encadrions comme nous pouvions mais… Personne ne remplace un prof de sport et personne ne peut enseigner une pratique physique à distance.

Rapidement nous avons privilégié des pratiques sur lesquelles nous avions une vague possibilité d’expertise : vélo, basket et football dans la petite cour que nous avons la chance d’avoir. Rien au sol bien sûr, mais une activité quotidienne. Un peu de karaté aussi dans la limite de ce que les enfants avaient comme acquis à réinvestir.

Puis vint la deuxième solution. Un rendez-vous de dialogue actif via l’écran avec le vrai professeur de sport. Bien sûr, la solution est imparfaite car l’écran et le dispositif ne permettent pas à l’enseignant de voir l’intégralité de sa classe, et donc ne lui permettent pas d’exercer son expertise constamment. Néanmoins la régularité de ce rendez-vous et le fait qu’au moins la supervision soit faite par un vrai professeur est un véritable plus pour l’enfant.

Cela leur a fait beaucoup de bien de pouvoir retrouver via l’activité sportive, un semblant de socialisation avec leurs camarades, de retrouver un vrai dialogue pointu et averti sur la pratique sportive. Rien ne peut remplacer la pratique réelle avec un enseignant dans aucune matière, et en sport c’est encore plus vrai.

C’est même potentiellement dangereux de laisser le sport être supervisé à distance ou pas supervisé du tout. Le corps est une chose fragile et sur un corps en développement un effort mal contrôlé peut s’avérer désastreux.

Merci donc d’avoir réussi à les accompagner malgré tout dans ce pari impossible. C’était certes peu par rapport à ce que la réalité des besoins en pratique sportive demande, mais c’était pour eux déjà beaucoup de garder ce contact avec eux même et les autres.

Jean-Lionel PAROT, papa d’Ulysse.

 

Nous tenons à remercier vous et M Sauvage pour l’opportunité offerte à Zoé de participer à l’EPS pendant la classe à la maison.

C’était génial pour elle de voir des amis et de faire de l’activité physique et d’avoir des jeux créatifs, ce qu’elle a adoré. C’était excellent d’avoir votre présence et votre contact pendant le confinement, et cela lui a permis de garder un bon moral.

Notre famille a vraiment apprécié et nous vous en remercions vivement.

Timothy STOTZ, papa de Zoé


Article proposé en partenariat avec :

ANCP&AF Paris : La place, le rôle, la mission du conseiller pédagogique et plus largement des formateurs du 1er degré dans un système éducatif en perpétuelle évolution est une préoccupation constante et majeure de l’ANCP&AF, Association Nationale des Conseillers Pédagogiques et Autres Formateurs.

Cette association professionnelle, de statut loi 1901, vise principalement l’établissement entre ses membres de relations fondées sur la pratique de la coopération intellectuelle et de l’entraide professionnelle. Au sein de l’ANCP&AF Paris, les rencontres et formations de formateurs organisées se donnent pour objectif principal de permettre aux formateurs d’acquérir des gestes professionnels performants et innovants pour accompagner efficacement les professeurs des écoles dans leur mission, la réussite de tous les élèves.

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