La continuité pédagogique à Paris / #RÉCIT N°15 : École Murat (16ème arrondissement)

Nous vous livrons un nouveau témoignage de professeur.e des écoles à l’épreuve du confinement avec Maud de La Fouchardière, enseignante de CE1 à l’école élémentaire d’application MURAT (16ème ardt). 

Comment avez-vous organisé l’enseignement à distance pour votre classe ? 

Comme tous les enseignants, au début, j’étais un peu perdue. Je ne m’étais jamais imaginée faire la classe à distance. Dès le vendredi soir, lorsque nous avons reçu le lien vers la plateforme du CNED, j’ai voulu tout voir, tout tester, comprendre ce que le site proposait. La qualité des documents offerts aux enfants était au rendez-vous mais ne me semblait pas correspondre à mes élèves. C’est alors que j’ai découvert la classe virtuelle. Après l’avoir testée pendant le week-end avec une amie également enseignante, j’y ai vu le moyen de pallier la plus  grande contrainte qu’allait entrainer le confinement : l’éloignement.

Pour moi, l’école est avant tout un lieu de vie collective où les enfants se sociabilisent, apprennent à vivre ensemble, partagent des valeurs et des projets, s’amusent et créent des amitiés…

C’est également un lieu où le temps est très ritualisé. Dans notre classe de CE1, le matin, les élèves et moi commencions toujours par le nombre du jour, puis poursuivions par une dictée, avant d’aborder une nouvelle notion. La classe virtuelle en grand groupe nous a permis de recréer tout cela.

Les deux premières tentatives ont été bruyantes et épuisantes. J’étais mal à l’aise car je savais que les parents étaient à côté et voyaient que ce n’était pas parfait. Et puis, avec les élèves, nous avons appris à gérer les prises de parole et retrouvé les codes de l’école. Lorsque quelqu’un parle je me tais, je l’écoute, j’éteins mon micro. Lorsque que je veux prendre la parole, je lève le doigt, je clique sur le petit bonhomme en bas de l’écran. Lorsque la maîtresse me donne la parole, j’ouvre mon micro et je m’exprime… Au bout de deux séances, c’était comme si nous étions de nouveau tous ensemble dans la classe. Beaucoup de parents ont d’eux-mêmes laissé les enfants seuls, ce qui a permis qu’ils soient plus détendus, d’autres sont restés (notamment à cause des problèmes de connexion), mais la classe a pu reprendre et très vite, nous avons pu dépasser le cadre des révisions pour reprendre celui des apprentissages.

Le maintien d’une différenciation était également un but à  atteindre. Des rendez- vous individuels se sont alors imposés à moi. J’ai donc mis en place un planning avec des temps de rencontre pour chaque élève (20 minutes hebdomadaires). Au cours de cet entretien, l’enfant lit une partie du livre que nous sommes en train d’étudier. Ceci a été possible car mes élèves travaillent à partir du manuel de lecture Rue des Contes où chaque histoire est découpée en épisodes.

Ce rendez-vous permet également aux enfants de poser des questions sur tous les sujets qui les interrogent. Il est aussi l’occasion pour moi de vérifier que les notions apprises en grand groupe ou par le truchement de vidéos, dont la plupart sont issues des animations des fondamentaux de Canopé, ont été comprises.

Enfin, c’est aussi un moment d’échanges moins formels avec les parents. En effet, l’envoi de mail pour les parents, c’est-à-dire le passage à l’écrit, est compliqué. Plus d’une douzaine de langues différentes sont parlées dans les familles de mes élèves.

J’utilise enfin une plateforme collaborative pour partager d’autres supports d’apprentissages, notamment :

  • un plan de travail pour la journée avec des exercices préparés par mes soins ou par d’autres enseignants mais correspondant aux notions révisées ou découvertes dans la journée.
  • au rallye lecture, en ce moment, nous travaillons sur les documentaires animaliers.

Pour résumer, tous les matins j’envoie un mail aux parents à 8h30 contenant le travail écrit à faire dans la journée (mots du jour, calculs posés, exercices à faire dans les manuels, il n’y a rien à imprimer), les liens vers des vidéos et les heures des rendez-vous individuels qui débutent vers 11h. À 9h45, j’ouvre la classe virtuelle. Je ne m’y montre pas immédiatement, je n’interviens qu’à 10h00. Les enfants peuvent ainsi échanger entre eux. À 10h00, nous commençons la classe en grand groupe. Après les rituels, nous découvrons une nouvelle notion et corrigeons les calculs posés de la veille. À la fin, les enfants sortent de la classe progressivement, ce qui leur laisse du temps pour poser des questions. Au plus tard à 11h00, il faut que cela soit terminé car je commence alors les rendez-vous individuels.

Quelles sont vos plus grandes réussites pendant ce confinement ?

La première est tout simplement qu’à ce jour, j’ai réussi à garder le contact avec mes 25 élèves. En moyenne le matin, une vingtaine d’enfants sont présents. Même, s’ils ne peuvent pas tous assister tous les jours à la classe en grand groupe, ils essaient de le faire plusieurs fois dans la semaine.

La deuxième concerne un de mes élèves qui était encore non lecteur avant le confinement. Des actions avaient été mises en place à l’école, A.P.C., rendez-vous avec le maître E. Les premiers résultats se faisaient sentir, mais nous avions encore un long chemin à parcourir.

Avec le confinement, j’ai eu peur que tout soit perdu. Il n’en a rien été. Grâce à sa mère qui s’est beaucoup plus investie qu’en temps normal et aux rendez-vous lecture qui pour lui n’ont pas été hebdomadaires mais quotidiens, il est à présent lecteur.

La classe virtuelle a permis, ici, des pratiques impossibles à mettre en place pour moi à l’école : d’une part, être en tête à tête avec lui et d’autre part, lui consacrer autant de temps, soit entre 20 et 30 minutes par jour.

Dans son cas, ce fonctionnement de type préceptoral a été la solution et lui a permis de dépasser toutes les contraintes liées à un déficit de l’attention en grand groupe et aussi à des problèmes de concentration.

Quelles sont vos difficultés pendant ce confinement ?

Elles sont de deux ordres :

  • Pratique : Mes plannings de lecture individuelle essayent au maximum  de respecter les heures de l’école. Cependant pour être honnête, dans les faits, je dépasse souvent les horaires : un parent avait une réunion et avait besoin de l’ordinateur, les familles ont eu du mal à se connecter, etc. et donc, nous reportons le rendez-vous de l’enfant à plus tard ou au lendemain. Il m’arrive de terminer mon dernier rendez-vous à 18h. Heureusement, ce n’est pas la
  • Pédagogique : Dans la classe virtuelle, je suis obligée d’enseigner uniquement via un modèle transmissif et c’est pour moi une contrainte. Je ne me retrouve pas vraiment dans cet enseignant au centre de l’activité de transmission du J’aime que les enfants participent via des activités de manipulation, de réflexion à la construction de leurs apprentissages, qu’ils puissent intervenir de manière plus spontanée en période de recherche. Dans le cadre d’une classe virtuelle, c’est impossible. Les enfants sont contraints à une forme de passivité et pour mes élèves, c’est à cet endroit que les inégalités vont apparaître le plus clairement. Certains parents vont pouvoir transposer sous forme de jeux ce qui a été vu dans la classe virtuelle, d’autres seront trop occupés par leur travail, d’autres ne sauront tout simplement pas le faire (et je n’aurais pas le temps de le leur expliquer).

Que retiendrez-vous de cette expérience de la classe virtuelle et que pourriez-vous souhaiter ?

Je retiendrais tout d’abord qu’enseigner à distance est un métier à part entière, que cela demande une préparation réellement différente pour que les objectifs à atteindre le soit d’une manière pleinement qualitative.

Ensuite, le fait de couvrir l’ensemble du programme en distanciel m’apparaît, pour le moment, impossible. Il me manque du temps et certainement des compétences pour y arriver.

Enfin, j’ai hâte de retrouver mes élèves dans des conditions normales de classe pour voir et comprendre ce qu’eux auront retenus de tout cela.


Article proposé en partenariat avec :

ANCP&AF Paris : La place, le rôle, la mission du conseiller pédagogique et plus largement des formateurs du 1er degré dans un système éducatif en perpétuelle évolution est une préoccupation constante et majeure de l’ANCP&AF, Association Nationale des Conseillers Pédagogiques et Autres Formateurs.

Cette association professionnelle, de statut loi 1901, vise principalement l’établissement entre ses membres de relations fondées sur la pratique de la coopération intellectuelle et de l’entraide professionnelle. Au sein de l’ANCP&AF Paris, les rencontres et formations de formateurs organisées se donnent pour objectif principal de permettre aux formateurs d’acquérir des gestes professionnels performants et innovants pour accompagner efficacement les professeurs des écoles dans leur mission, la réussite de tous les élèves.

 

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