La continuité pédagogique à Paris / #RÉCIT N°1 – École Mouraud (20ème arrondissement)

TOUJA Jean-Baptiste, école élémentaire 5 rue Mouraud (20C), professeur des écoles T2 (ambassadeur du numérique) enseignant en REP dans une classe de CE1 dédoublés.

Le 4 mars dernier, M. Touja mettait en ligne le Cybercarnet de sa classe afin de communiquer plus étroitement avec les parents d’élèves sur les projets conduits pendant l’année. Avec la fermeture des écoles deux semaines plus tard, cet outil allait devenir essentiel dans la mise en œuvre de la continuité pédagogique.

Comment avez-vous organisé l’enseignement à distance pour vos élèves ? (méthodologie, rythme, ressources/plateformes utilisées…)

Le Cybercarnet proposé par l’Académie de Paris est un blog de classe permettant de publier des articles et d’assigner des devoirs avec une partie cahier de texte. C’est un outil dont l’ergonomie en termes de publication est très facile à prendre en main. Le 13 mars dernier, suite à la décision de fermeture des écoles, j’ai publié un billet afin d’informer les parents d’élèves des modalités concernant le début de la mise en œuvre de la continuité pédagogique. Vu le contexte, j’ai aussi téléphoné à chaque famille. Du point de vue technique cela a été simple, mais toutes les questions pédagogiques sont arrivées ensuite face à cette situation inédite… comment faire en sorte que les élèves continuent à travailler, à apprendre ?

L’espace ressource et le site animés par l’équipe de la circonscription m’ont été particulièrement utiles pour conduire cette réflexion. L’interface collaborative « Assurer la continuité pédagogique » proposée par l’Académie de Paris a été aussi d’une aide précieuse. Celui-ci est disponible sur M@gistère et il réunit déjà plus de 2000 collègues.

Depuis, les devoirs sont communiqués via le cahier de texte du Cybercarnet qui comporte des images des leçons, des capsules vidéo, et des documents de travail accessibles eux via ma Synbox (le cloud de l’académie de Paris, permettant de sauvegarder et de partager des documents en ligne). Des exercices sont pris en photo par les parents puis envoyés sur le mail de classe afin de les corriger et d’autres activités sont également mises en œuvre via Socrative par exemple (nom de la classe : TOUJA2 / identifiant : JB). Ce service en ligne de questionnaire évite de multiplier les allers-retours par mail et il permet un suivi en temps réel du travail des élèves. Il est ici appréciable de pouvoir leur proposer des modalités de travail différentes tout en leur offrant un feed-back immédiat et une autocorrection quand l’exercice est terminé.

Une classe virtuelle ne remplacera jamais une classe physique mais a-t-elle selon vous des vertus particulières ?

Indéniablement ce qui ressort déjà de cette expérience de continuité pédagogique, c’est que le lien avec les élèves a été maintenu et que la relation avec les parents d’élèves a été renforcée : nous n’avons jamais autant échangé ! C’est positif. Dans la pratique pédagogique, l’enseignement explicite est plus que jamais de rigueur.

On entend souvent que ces pratiques en ligne renforcent les inégalités scolaires. Quel est votre avis ?

A ce stade du confinement, au 20 avril, je constate que tous les élèves de ma classe ont travaillé quotidiennement, mais de façon très inégale. Après tout, beaucoup d’informations passent par l’écrit, et la disparité des compétences des familles en lecture, dans l’utilisation du numérique et en dotation de matériel, sont en tout cas particulièrement mises en évidence.

Pensez-vous que cette expérimentation de quelques semaines aura un impact durable sur votre façon d’enseigner ?

Cette période de confinement nous amène à expérimenter des ressources numériques formidables qui facilitent nos usages de travail et de communication. Elle nous appelle aussi toutefois à la vigilance vis-à-vis de ces outils qui doivent demeurer en conformité avec le RGPD afin d’être respectueux des données personnelles (parents, élève, enseignants) et d’offrir un cadre de travail sécurisant. Par ailleurs, cette expérience renforce d’une part ma conviction d’enseigner en REP, et elle met en avant un des aspects passionnants de ce métier qui consiste justement à questionner notre pratique et à la faire évoluer.


Article proposé en partenariat avec :

ANCP&AF Paris : La place, le rôle, la mission du conseiller pédagogique et plus largement des formateurs du 1er degré dans un système éducatif en perpétuelle évolution est une préoccupation constante et majeure de l’ANCP&AF, Association Nationale des Conseillers Pédagogiques et Autres Formateurs.

Cette association professionnelle, de statut loi 1901, vise principalement l’établissement entre ses membres de relations fondées sur la pratique de la coopération intellectuelle et de l’entraide professionnelle. Au sein de l’ANCP&AF Paris, les rencontres et formations de formateurs organisées se donnent pour objectif principal de permettre aux formateurs d’acquérir des gestes professionnels performants et innovants pour accompagner efficacement les professeurs des écoles dans leur mission, la réussite de tous les élèves.

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